Mis à jour : mai 13

Chers enfants,


Oui la terre est bleue comme une orange et le printemps comme la mer. Et à la fois si bleue, si belle. Et ce printemps comme une orange amère. Tout en tonalité orange de mon premier confinement. Le troisième maintenant. Jamais deux sans trois. On s'y sentirait presque comme sur une île.



Chaque hiver, chacun de vous n'est pas sans ignorer que j'hiberne aux Bahamas. Et là je réponds à la question numéro 3 de mon post précédent. Cette année on oublie les voyages, si ce n'est vous l'aurez compris, intérieurs. Alors j'ai préféré remonter dans mes souvenirs. Et j'ai choisi Picasso pour guide et sa période bleue comme fil rouge.

Je me souviens d'un matin calme d'une fenêtre ouverte sur l'azur. Comme ce premier matin d'avril où je suis tombée dans les bras du monde. Comme ce dernier matin où je quitterai cette terre. Puisqu'il faut bien s'y préparer comme disait Montaigne dans son essai " Philosopher c'est apprendre à mourir" et qui revient paradoxalement à comprendre que philosopher c'est apprendre à vivre.



La vue depuis ma dernière demeure

Je me souviens de ce pays et cette ville dont chaque rue était bordée d'orangers amers. Je me souviens du parfum de leurs fleurs qui m'avait littéralement explosé dans les narines avant même que je ne pose les pieds à terre. En comparaison l'odeur de l'eau de fleur d'oranger que j'aime tant et que je respire la majeure partie de l'année au-dessus des crêpes m'avait parut bien fade à la vérité ! J'avais même rapporté un petit arbre de mon voyage que j'avais replanté à l'abri des vents dans mon jardin. Il n'a pas supporté les rigueurs de l'hiver d'ici. Hélas, mon bel oranger est mort de froid. Penser naïvement que je pouvais m'acheter une odeur... Quelle erreur de jeunesse ! Encore eût-il eu fallu que j'enfournasse (ouh là là !) la ville voire le pays tout entier dans ma petite voiture ! Même l'homme le plus riche du monde est limité par ce qu'il est réellement en mesure d'acheter. Certes beaucoup mais au final pas grand chose en réalité...


Les odeurs, les mots... L'amitié non plus ne ment pas. Elle ne peut pas non plus s'acheter. Je le sais bien moi... Comme celle qui lia Paul Eluard et Pablo Picasso pendant la guerre d'Espagne puis l'Occupation. Pendant de nombreuses années, leurs oeuvres respectives se répondirent comme un dialogue. La rencontre de la poésie et de la peinture.


Ce que j'ai griffonné pour vous dans un coin de mon cahier

C'est pour célébrer l'amitié universelle que je vous offre ma recette ultra simple des oranges à l'andalouse (que l'on vous sert au printemps là-bas dans toutes les tabernas), pour célébrer cette harmonie entre l'orange et le bleu. Deux couleurs opposées et pourtant complémentaires.



Oranges à l'andalouse


- des vraies oranges

- de l'eau de fleur d'oranger

- de la cannelle en poudre

- des feuilles de menthe marocaine

- du sucre de canne


* Pelez les oranges entières à vif en ôtant la pellicule blanche qui les recouvre.

* Découpez-les en fines rondelles, comme cela chacun aura un peu du coeur.

* Arrosez de 2 cuillerées à soupe de fleur d'oranger.

* Saupoudrez de sucre, de cannelle et des feuilles de menthes ciselées.

* Conservez au frais avant de déguster.


Version Soupette :


1. Je remplace le sucre de canne par mon sucre de canne à la verveine de mon mammouth pied de verveine citronnelle.

2. J'invite "ma meilleure" (comme dirait mon arrière-petite-nièce) à venir partager ces oranges dans mon patio, autour d'un thé à la menthe maison dans des tasses bleues.


Alors en attendant que revienne la belle saison des amitiés, des parfums de fleurs d'oranger et des guêpes qui vont avec, je peux vous dire maintenant à très bientôt.

Mémère



P.S. : pour cette fois-ci, pas besoin d'ambiance musicale, le poème se suffit à lui même. Et ne vous arrêtez pas au premier vers d'une beauté si simplement évidente. Ne cherchez pas à comprendre. Lisez et écoutez. Écoutez le tempo. Écoutez ce qu'ont à vous dire les mots. Écoutez surtout la musique du silence entre les mots.



La terre est bleue comme une orange Jamais une erreur les mots ne mentent pas Ils ne vous donnent plus à chanter Au tour des baisers de s’entendre Les fous et les amours Elle sa bouche d’alliance Tous les secrets tous les sourires Et quels vêtements d’indulgence À la croire toute nue.


Les guêpes fleurissent vert L’aube se passe autour du cou Un collier de fenêtres Des ailes couvrent les feuilles Tu as toutes les joies solaires Tout le soleil sur la terre Sur les chemins de ta beauté.


Oeil de sourd

Faites mon portrait

Il se modifiera pour remplir tous les vides.

Faites mon portrait sans bruit, seul le silence,

A moins que - s'il - sauf - excepté -

Je ne vous entends pas.


Il s'agit, il ne s'agit plus.

Je voudrais ressembler -

Fâcheuse coïncidence, entre autres grandes affaires

Sans fatigue, têtes nouées

Aux mains de mon activité.


Paul Éluard, 1929


Assiette aux oranges, tasses bleues et "théière/dot" en or massif



  • Mémère

Chers enfants,


Puisque je vous dis que je ne suis pas bretonne !!! Combien de fois faudra t-il vous le répéter ! Cela fait pourtant partie de cette fameuse liste des «sempiternelles questions à ne plus nous poser», questions que nous avions vingt fois par jour, cinquante fois en haute saison, à tel point que nous avons dû être réduites à la placarder sous vos yeux. Elles se comptent tout simplement sur les doigts de la main :

1- Etes-vous bretonnes ?

2- Laquelle de vous est Mémère ?

3- Que faites-vous en hiver ?

4- Vous voyez beaucoup de touristes ?

5- A quoi sert le deuxième chalet ?


NON je ne suis pas bretonne, aussi vrai que Mémère, c'est Mémère ! Et personne d'autre ! Aussi vrai qu'en hiver ma petite brigade continue de travailler sur notre port d'attache d'hiver (hors Covid) pendant que moi je me la coule douce aux Bahamas !

Et oui, au risque de vous décevoir, la période de la Chandeleur est la période de l'année où je fais le moins de crêpes possible ! Parce que je me repose ! Et parce que c'est la (seule) période où vous en faites. Donc vous n'avez pas besoin de moi.


Je n'ai rien contre la Bretagne mais cerner la crêpe à une région me paraît un rien réducteur quand force est de constater qu'elle a conquis l'ensemble du territoire national, voire international (comme les nems, les tacos, les pitas, chapatis etc., etc.), voire universel ! La face de la lune elle-même ne vous fait-elle pas penser à une crêpe gigantesque ? C'est en tout cas la révélation que j'ai eue cet été devant cette image fabuleuse dans la lunette de Jules pendant une de nos nuits des étoiles. D'ailleurs la chandeleur n'est-elle pas à la base une fête pour célébrer l'astre solaire ?

Bref cette simple galette de céréales liées par un liquide est tout bonnement universellement historique, puisqu'elle constituerait le premier repas de l’humanité. Rien que ça !


C'est ce que nous rappelle cette piquante chronique radiophonique (que je vous recommande chaudement et dont voici le lien) qui m'a fait, vous vous en doutez, tourner le volume de ma T.S.F, écoutez donc :

Pourquoi manger des crêpes nous permet de mieux comprendre le monde ?



La ressemblance dans la diversité,

c'est cette idée qui me plaît. Bien que, comme notre ami Brassens, je serai la dernière à mourir pour une idée, même de mort lente.

Pourrait-on en dire autant de la soupe.

Autant de soupes qui font chacune la soupe à elle seule. Et qu'on retrouve depuis la prime enfance de l'Homme (sous forme de bouillon), puis dans toutes les régions du monde. Voire jusqu'au cosmos si l'on pense que la Vie sur terre ait pu naître grâce à une sorte de grande soupe de bactéries primitive.


Alors voilà le moment de vous offrir la recette d'une des premières soupes que nous vous avions proposées il y a dix ans. De mémoire, elle n'a eu guère de succès à cause de la couleur, mais je vous assure qu'elle est naturelle et plutôt bonne ! Et rien que pour tenter l'aventure chimique...Voilà ce que j'avais écrit dans mon journal de l'époque : « La soupe de l'espace ne s'est pas du tout vendue, les gens étant un peu effrayés à l'idée de se retrouver sur la lune en y goûtant» !


Une Soupette toute bleue


- un demi chou rouge

- deux pommes de terre

- un bouillon de légumes

- un oignon

- une gousse d'ail

- 15 cl de crème liquide

- 1 cuillère à soupe de bicarbonate de soude

Blanchissez le chou cinq minutes dans de l'eau bouillante.

Émincez le chou, l'oignon et l'ail. Faites-les cuire trente minutes dans le bouillon de légumes avec les pommes de terre entières.

Mixez, ajoutez la crème liquide et des épices (noix de muscade ou cumin).

A ce moment là, sortez mon imparable truc de grand-mère du placard, j'ai nommé le fameux bicarbonate de soude. Oh magique transformation bleue indigo !


Version Soupette : à votre place, je rajouterai une pomme (qui se marie bien avec le chou rouge).

Et pour les carnivores, des tranchettes de lard passées au four pour «la final touch».


La Soupette bleue de l'espace
La Soupette de l'espace

Et oui il en va des soupes comme des humains, tellement ordinaires et pourtant toutes plus extraordinaires les unes que les autres, plus extraterrestres...!

Imaginez, vue de là-haut, si notre planète bleue n'était qu'une soupe, sans doute que cela vous aiderait à grandir ;)


Et hop, encore une morale à vous faire redescendre sur terre tout droit illico...

Mémère

La crêpière dans le bol de la Soupette de Mémère
Autoportrait lunaire


Et voilà de quoi accompagner votre Soupette de l'espace, que de souvenirs ! :



Mis à jour : avr. 9

Chers enfants,


Dix ans déjà, voici maintenant venir le temps du bilan. Durant toutes ces années, vous ne m'avez pas forcément vue mais je vous ai regardés, vous ne m'avez pas entendue mais je vous ai écoutés. Je vous ai nourris, je vous ai choyés, je vous ai portés ou transportés. Je vous ai attendus, souris, sermonnés. Je vous ai vu venir, partir, revenir. Je vous ai perdus de vue. Et retrouvés au hasard d'une rue. Et vu revenir une fois encore. Je vous ai sensiblement vu vous rencontrer, vous séparer, vous marier, voire pleurer et même vous endeuiller. Autrefois embrasser. Il n'y a pas si longtemps. Puis vous m'avez présenté vos enfants. Et vos petits enfants. Je vous ai doucement aperçus grandir, mûrir, vieillir et rajeunir. Douter et vous réjouir. Toute la vie quoi !

Oui je vous ai regardés. Et tout cela sans mot dire et en toute discrétion. Vous n'auriez pas dû jour après jour questionner pour savoir qui j'étais, je n'étais pas plus l'une que l'autre. J'étais moi, j'étais vous. Vous n'auriez pas dû vous demander où j'étais, car il suffisait juste de lever les yeux. Car j'étais là. Parmi vous. Et malgré mon absence, je serai toujours là. Car je suis votre mémoire. Alors n'oubliez pas notre histoire. N'oubliez pas notre Histoire.


Et même si les temps actuels ont le goût du rendez-vous retardé puisque nous n'avons pu retrouver notre port d'attache d'hiver, je nous souhaite néanmoins de grandes retrouvailles printanières. En attendant, je vous offre ici un billet inaugural, le premier de ma période bleue, illustré comme de bien entendu avec ce magnifique tableau de Picasso : La soupe. Ce sera le premier de cette nouvelle année. Et à cette occasion, tout ce que je voudrais vous dire n'est pas : "Bonne année 2021", non non trop incertain, par contre "Bonne année 2021 à la Soupette !" Oui ! (Et ce sera chouette...)

Mémère


Mémère apporte une soupette chaude à son enfant.
La soupe, Picasso

Merci au jeune Saam pour ce beau titre :