• Mémère

PESTO BABAYAGA

Chers enfants,


Entre tous ces confinement-déconfinement-reconfinement-redéconfinements, c’est bien joli dites-moi mais j’avoue que j’en perd un peu mon latin. Pourvu que ça ne finisse pas tout simplement en confiture-déconfiture cette petite aventure... Parce que le coup de la cabane au fond des bois (confère le mois précédent), va un temps certes mais il ne faudrait que cela dure ad vitam æternam. Sous peine de me faire surnommer non plus Mémère mais Babayaga, ce qui est étonnamment autrement moins flatteur. Babayaga, souvenez-vous cette icône russe, dont je vous lisais naguère l'histoire alors que vous étiez encore minots. Mais oui, Babayaga qui davantage de la grand-mère, tenait de la vieille ogresse vivant seule dans la forêt profonde dans son isba montée sur une patte de poule. Babayaga qui poursuivait la petite héroïne en volant dans son mortier. J'aimais le moment où cette dernière en échappait en lançant sa serviette qui se transformait en large rivière et son peigne en forêt profonde. La même Babayaga dont me renvoie aujourd'hui mon fidèle miroir l'image, et dont je me dis qu'il va falloir que je reprenne les choses en main si je veux pouvoir retrouver sans honte mes copines au salon de thé lors de nos petits après-midis mondains, scrabbleux et ramiresques. Sacrebleu !



Illustration de Baba Yaga par Ivan Bilibine, début 20e

Allez, assumons notre côté punk, et cuisinons ensemble, tout à la fois gentiment et sauvagement. Avec, pour contenter tout le monde, une mixture spécial végétariens. Je pourrais même dire potion tant sa confection m'a fait l'effet d'une expérience quasi métaphysique.



PESTO BABAYAGA


Pour cette recette vous n'aurez besoin que d'une bougie, un chat noir (pour moi Souricette fera l'affaire), un coin de forêt (à vingt kilomètres à la ronde) pour cueillir une bonne poignée d'orties et glaner un bol de noisettes sauvages. L'essentiel est là, le reste n'est que modernes fioritures .


- Avant de rentrer vous mettre au chaud dans votre isba, installez-vous sur la mousse et décortiquez vos noisettes sur un rocher plus ou moins plat avec une pierre dépoussiérée si possible.

- Une fois à l'intérieur, allumez la bougie, vous y verrez plus clair.

- Torréfiez vos noisettes quelques minutes à sec dans une poêle.

- Concassez-les à l'aide d'un mortier. Elles rendront ainsi tout leurs sucs et ne seront pas massacrées par une lame. Vous pouvez profiter de cette opération méditative pour ressasser quelques formules. Si vous n'en connaissez pas, vous pouvez toujours vous réciter un ou deux poèmes, le résultat sera le même. Réservez.

- Lavez à l'eau vinaigrée vos orties, dont vous aurez pris soin de n'en prélever que les jeunes sommités. Ne craignez point quelques piqûres, cela dit-on fait circuler le sang...

- A ce moment là, seulement, vous avez le droit de sortir votre mixeur car il ne faut pas pousser Mémère dans les orties (elle était facile je vous l'accorde), à ce rythme là, on y est encore à la Saint Glinglin. Hachez les orties, avec une bonne dose d'huile d'olive, un sachet de parmesan, deux gousses d'ail, des graines de coriandre et de poivre, un jus de citron frais, du sel justement dosé. Rectifiez la consistance en rajoutant de l'huile au fur et à mesure.

- Incorporez ensuite vos noisettes en mélangeant à la cuillère.

Transvasez dans un bocal propre en recouvrant le tout d'un peu d'huile, et le tour est joué.


Version Soupette :


Comme je ne résiste jamais à l'envie de rajouter mon grain de sel, pour cette fois ce sera plutôt de sarrasin. Je torréfie à la poêle des graines de sarrasin, de la même manière que les noisettes. Et voilà comment je parsème mon pesto en quelques minutes d'un délicieux et croquant Kasha fait maison, (du russe каша) très babayaga, pour une nuance slave de couleur et de texture.


Ce pesto peut se conserver au frais au moins deux semaines.

Je vous rassure, il n'en aura pas le temps tant il fleure bon la forêt profonde et la vie au grand air.

Pour ma part, j'ai tout boulotté en deux deux lors d'un apéro vidéo.


Спокойной ночи

Mémère




P.S : j'ai trouvé pour vous ce petit groupe bien sympathique qui me rappelle nos chaleureuses soirées d'été. Comme un rayon de soleil à travers ces branchages entremêlés. Comme un petit clin d’œil à tous nos indispensables artistes/musiciens ... Ô combien.



Et voici toute l'histoire pour vous rafraichir la mémoire...

Dans la maisonnette d'un village vivait une petite fille qui n'avait plus de maman. Son père, qui était déjà assez vieux, se remaria ; mais il ne sut pas bien choisir. Sa nouvelle femme n'était pas une vraie maman, c'était une marâtre. Elle détestait la petite fille et la traitait mal. "Comment faire pour m'en débarrasser ?" - songeait la marâtre.
Un jour que son mari s'était rendu au marché vendre du blé, elle dit à la petite fille : - Va chez ma sœur, ta gentille tante et demande-lui une aiguille et du fil pour te coudre une chemise. La petite fille mit son joli fichu rouge et partit. En route, comme elle était maligne, elle se dit : "J'ai une gentille tante, c'est vrai, mais qui n'est pas la sœur de ma marâtre : c'est la sœur de ma vraie maman. J'irai d'abord lui demander conseil." Sa tante la reçut avec beaucoup de plaisir. - Tante, dit la petite fille, la femme de mon papa m'a envoyée chez sa sœur lui demander une aiguille et du fil pour me coudre une chemise. Mais d'abord, je suis venue te demander, à toi, un bon conseil. - Tu as eu raison. La sœur de ta marâtre n'est autre que Baba-Yaga, la cruelle ogresse ! Mais écoute-moi : il y a chez Baba-Yaga un bouleau qui voudra te fouetter les yeux, noue-le d'un ruban. Tu verras une grosse barrière qui grince et qui voudra se refermer toute seule, mets-lui de l'huile sur les gonds. Des chiens voudront te dévorer, jette-leur du pain. Enfin, tu verras un chat qui te crèverait les yeux, donne-lui un bout de jambon. - Merci bien, ma tante, répondit la petite fille. Elle marcha longtemps puis arriva enfin à la maison de Baba-Yaga. Baba-Yaga était en train de tisser. - Bonjour ma tante. - Bonjour, ma nièce. - Ma mère m'envoie te demander une aiguille et du fil pour qu'elle me couse une chemise. - Bon, je m'en vais te chercher une aiguille bien droite et du fil bien blanc. En attendant assieds-toi à ma place et tisse.

La petite fille se mit au métier. Elle était bien contente. Soudain, elle entendit Baba-Yaga dire à sa servante dans la cour : - Chauffe le bain et lave ma nièce soigneusement. Je veux la manger au dîner. La petite fille trembla de peur. Elle vit la servante entrer et apporter des bûches et des fagots et de pleins seaux d'eau. Alors elle fit un grand effort pour prendre une voix aimable et gaie et elle dit à la servante : - Eh ! ma bonne, fends moins de bois et pour apporter l'eau, sers-toi plutôt d'une passoire ! Et elle donna son fichu à la servante. La petite fille regardait autour d'elle de tous les côtés. Le feu commençait à flamber dans la cheminée. Il avait beau être un feu d'ogresse, sa flamme était vive et claire. Et l'eau commençait à chanter dans le chaudron ; et bien que ce fût une eau d'ogresse, elle chantait une jolie chanson. Mais Baba-Yaga s'impatientait. De la cour, elle demanda : - Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ? - Je tisse, ma tante, je tisse. Sans faire de bruit, la petite fille se lève, va à la porte... Mais le chat est là, maigre, noir, et effrayant ! De ses yeux verts il regarde les yeux bleus de la petite fille. Et déjà il sort ses griffes pour les lui crever. Mais elle lui donne un morceau de jambon cru et lui demande doucement : - Dis-moi, je t'en prie, comment je peux échapper à Baba-Yaga ? Le chat mange d'abord tout le morceau de jambon, puis il lisse ses moustaches et répond : - Prends ce peigne et cette serviette, et sauve-toi. Baba-Yaga va te poursuivre en courant. Colle l'oreille contre la terre. Si tu l'entends approcher, jette la serviette, et tu verras ! Si elle te poursuit toujours, colle encore l'oreille contre la terre, et quand tu l'entendras sur la route, jette le peigne et tu verras ! La petite fille remercia le chat, prit la serviette et le peigne et s'enfuit. Mais à peine hors de la maison, elle vit deux chiens encore plus maigres que le chat, tout prêts à la dévorer. Elle leur jeta du pain tendre et ils ne lui firent aucun mal. Ensuite, c'est la grosse barrière qui grinça et qui voulut se refermer pour l'empêcher de sortir de l'enclos ; mais la petite maligne lui versa toute une burette d'huile sur les gonds et la barrière s'ouvrit largement pour la laisser passer. Sur le chemin, le bouleau siffla et s'agita pour lui fouetter les yeux ; mais elle le noua d'un ruban rouge ; et voilà que le bouleau la salua et lui montra le chemin. Elle courut, elle courut, elle courut. Pendant ce temps, le chat s'était mis à tisser. De la cour, Baba-Yaga demanda encore une fois : - Tu tisses, ma nièce ? Tu tisses, ma chérie ? - Je tisse, ma vieille tante, je tisse, - répondit le chat d'une grosse voix. Furieuse, Baba-Yaga se précipita dans la maison. Plus de petite fille ! Elle rossa le chat et cria : - Pourquoi ne lui as-tu pas crevé les yeux, traître ? - Eh ! - dit le chat, - voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais donné le plus petit os, tandis qu'elle m'a donné du jambon ! Baba-Yaga rossa les chiens. - Eh ! - dirent les chiens, - voilà longtemps que nous sommes à ton service, et nous as-tu seulement jeté une vieille croûte ? Tandis qu'elle nous a donné du pain tendre ! Baba-Yaga secoua la barrière. -Eh ! - dit la barrière, - voilà longtemps que je suis à ton service et tu ne m'as jamais mis une seule goutte d'huile sur les gonds, tandis qu'elle m'en a versé une pleine burette!

Baba-Yaga s'en prend au bouleau. - Eh ! - dit le bouleau, - voilà longtemps que je suis à ton service, et tu ne m'as jamais décoré d'un fil, tandis qu'elle m'a paré d'un beau ruban de soie ! - Et moi, - dit la servante, - à qui pourtant on ne demandait rien, et moi, depuis le temps que je suis à ton service, je n'ai jamais reçu de toi ne serait-ce qu'une loque, tandis qu'elle m'a fait cadeau d'un joli fichu rouge ! Baba-Yaga sauta dans un mortier, et jouant du pilon, effaçant ses traces avec son balai, elle s'élança à travers la campagne. La petite fille colle son oreille contre la terre : elle entend que Baba-Yaga approche. Alors elle jette la serviette, et voilà que la serviette se transforme en une large rivière ! Baba-Yaga fut bien obligée de s'arrêter. Elle grince des dents, roule des yeux jaunes, court à sa maison, fait sortir ses trois bœufs et les amène ; et les bœufs boivent toute l'eau jusqu'à la dernière goutte ; et Baba-Yaga reprend sa poursuite. La petite fille est loin. Elle colle l'oreille contre la terre ; elle entend le pilon sur la route ; elle jette le peigne... Et voilà que le peigne se change en une forêt touffue ! Baba-Yaga essaie d'y entrer, de scier les arbres avec ses dents.. Impossible ! La petite fille écoute : plus rien. Elle n'entend que le vent qui souffle entre les sapins verts et noirs de la forêt. Pourtant elle continua de courir très vite parce qu'il commençait à faire nuit, et elle pensait : "Mon papa doit me croire perdue". Le vieux paysan était revenu du marché. Il avait demandé à sa femme : - Où est la petite ? - Qui le sait ! - répondit la marâtre. Voilà trois heures que je l'ai envoyée faire une commission chez sa tante. Enfin, la petite fille, les joues plus roses que jamais d'avoir couru, arriva chez son père. Il lui demanda : - D'où viens-tu, ma petite ? - Ah ! - dit-elle, - petit père, ma mère m'a envoyée chez ma tante chercher une aiguille et du fil pour me coudre une chemise ; mais ma tante, figure-toi que c'est Baba-Yaga, la cruelle ogresse ! Et elle raconta toute son histoire. Le vieil homme était en colère. Il prit son fusil de chasse et tua la marâtre. Depuis ce temps, la petite fille et son père vivent en paix. Je suis passé dans leur village; ils m'ont invité à leur table, le repas était très bon et tout le monde était content.

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